Débuts balbutiants sur Infonie… Quand on ne sait pas où on va, le premier pas est souvent dans la mauvaise direction.
Sur ce site, y a un semblant de tchat. En fait, une liste de nicks (je me demandais qui pouvaient bien être des Banane69, Pussycat, Kokine ou encore Asstomouth… Je n’ai toujours pas de réponse) sur lesquels il fallait cliquer pour envoyer un pop-up et, avec un brin de bol, entamer une ébauche de dialogue.
Y avait même une section réservée aux dialogues « hot », fréquentée normalement par des adultes consentants, mais sentant fortement le con (pas le sexe féminin, le con basique, le pubère boutonneux à lunettes en l’occurrence).
Je tente, j’envoie quelques messages comme autant de bouteilles à la mer, loin de me douter encore que je les balance en réalité dans un océan infini d’incompréhension totale.
C’est à ce moment là, je pense, que j’ai pris totalement conscience du fait que l’écrit était sans doute la forme de communication la plus parasitée entre l’émetteur et le récepteur. Dingue comme un simple « Bonjour, ça va ? » peut-être interprété de mille manières différentes suivant celui ou celle qui va le lire à l’arrivée. Votre « bonjour, ça va ? » se transforme variablement entre deux extrêmes, de « Salut, je suis débile et j’ai rien trouvé de mieux à dire », à « Salut, on baise ? », mais jamais en « Bonjour, ça va », simple formule de politesse préalable à n’importe quelle discussion.
Il fallait donc, dans ce monde si particulier, se re-créer, se recomposer, se réinventer, se démarquer, se marginaliser… Bref, il fallait ré-exister. Déjà que c’est pas de plus évident dans la vie réelle de simplement exister, j’en veux pour preuve le nombre incroyable de personnes qui se cherchent encore à l’heure de leur mort, mais si en plus il faut parvenir à exister dans deux mondes différents… Bonjour le challenge !
Step one : trouver une identité particulière. Bon, Dan ou Daniel, comme nick, y a mieux… Je cherche un moment, ne trouve pas trop bien quel surnom pourrait convenir. Je regarde un peu ce que donnent ceux des autres :
Viper, Death, CobraSnake ou encore Blade, pas pour moi. Je laisse ce genre de truc à ceux qui se font engueuler au boulot à longueur de journée et se posent en super héros sur le Net.
Penetrator, Bitenbois, FuckLikeAGod… Heu… Z’êtes gentils, mais de ce côté-là, tout va bien. Pas besoin d’exprimer une frustration qui n’a pas lieu d’être.
Despair, BlackTorment, RomantiK, Xanax,… ‘tain ! S’échapper d’un monde de merde pour aller pourrir l’autre avec sa désespérance à deux balles, très peu pour moi.
Cherche, cherche, cherche…
C’est à ce moment que mon regard perdu est entré en collision avec l’étagère à BD… Les Eaux de Mortelune… Jerome ? Nicolas ? Trop commun, autant garder Daniel… Malik ? Suis pas pourri à ce point-là. Mortelune s’est donc imposé… Jouant sur l’ambivalence, correspondant à une certaine forme de décadence qui collait bien à mon esprit du moment, en rapport direct avec Paris, qui s’imposait de plus en plus dans ma tête (d’ailleurs, je suis allé y vivre quelques temps plus tard – autre histoire)… Mortelune était né.
Step two : Imposer cette nouvelle identité aux yeux ébahis du monde internautique.
Le nom trouvé, c’était bien. Oui, mais j’étais toujours sur Infonie et je commençais à me dire que, décidément, le monde du Net était bien restreint et pitoyable, finalement. C’est là que j’ai entendu parler de rendez-vous.be
Ah ah ! Un site de rencontres, avec un peu de tout à y faire… Forums de discussion, pop-up, messages privés, organisation de soirées… Miam ! Et le tout gratuit ! (depuis, c’est tellement payant que j’y vais plus – 4 euros par mois pour lire toujours les mêmes répliques des mêmes mongols et recevoir les mêmes messages des mêmes désespérés de l’amour, j’préfère encore acheter l’intégrale de Max Pecas en DVD, tiens).
Je fonce, je vais développer Mortelune, le porter au sommet, en faire mon côté sombre sublimé…
Les forums sont le lieu idéal pour ça, mais je ne m’y connais pas trop. Par là, je veux dire que j’ignorais totalement l’existence des trolls et des ravages que leur attitude peut provoquer sur les nerfs. Et j’ignorais aussi totalement que j’en étais un de première classe !
Mais bon, comme à chaque jour suffit sa peine…
Stay tunned !
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