Samedi 21 janvier 2006
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13:45
Enfin un week-end un brin tranquille. Je dois juste me taper la visite de la famille, mais à part ça: doigts de pieds en éventail et position de la bouse de vache sur le divan devant des DVD en retard de visualisation.
Hier, j'ai relu la fantastique "graphic novel" d'Alan Moore et David Lloyd "V pour Vendetta" (bientôt sans doute massacrée au cinéma par les frangins Wachowsky), puis, le soir, j'ai enfin regardé "Alexandre" d'Oliver Stone (ben vi, 3h, fallait les trouver)...
Quel rapport?
En fait, les deux abordent à un moment donné la finitude de nos existences et cette quasi-paralysie qui nous étreint face à la mort.
Dans la graphic novel, l'héroïne ne peut se libérer de ses entraves qu'en étant persuadée qu'elle va mourir et en acceptant ce fait. Jusque là, elle vivait dans un état de crainte perpétuelle au sein d'un univers fasciste étouffant.
Dans le film de Stone, Alexandre ne fait que chercher à devenir aussi immortel que les légendes de la Grèce antique. Il ne craint pas la mort pour autant qu'il se couvre d'abord d'une gloire qui rayonnera à travers les siècles... Pari gagné pour lui (enfin jusqu'à présent - Veuillez re-poser la question dans 2-3000 ans).
Les deux héros sont très jeunes. Dans "V pour Vendetta", elle a tout juste 18 ans et Alexandre, pour autant qu'on s'y soit un peu intéressé, tout le monde sait qu'il avait à peine 20 ans quand il est devenu roi et qu'il avait conquis une partie impressionante du monde avant ses 30 ans.
La question que je me suis posé, du haut de mes 37 ans, c'est "Et nous?". Comment ça se fait que nous, pour la plupart, nous ne faisons plus rien de grandiose de nos existences? Je parle pas de devenir vainqueur de la Starac' ou de sortir un film, je parle de réaliser des choses qui changent la face du monde. A-t-on entendu parler, depuis des décénies, de jeunes gens qui révolutionnaient nos existences? La dernière fois remonte sans doute à mai 68, mais depuis les choses sont "rentrées dans l'ordre", ces révolutionnaires de moins de 20 ans sont à présent des gros fats qui lèvent juste leurs fesses du canapé pour aller sur un trône nettement moins glorieux que celui d'Alexandre, quand ils y arrivent encore sans assistance.
Qu'est-ce qui nous maintient dans cet état larvaire?
L'autre point commun des deux héros est le fait qu'ils passent pratiquement d'un seul coup de l'enfance à l'âge adulte. L'adolescence est une invention récente de nos sociétés, comme s'il devait exister une étape entre la dépendance de l'enfant et la responsabilité de l'adulte. Jusque là, on passait une sorte d'épreuve initiatique et zou, adulte et basta cosi. C'était soit la mâturité sexuelle, soit un travail, soit une réelle épreuve (un peu comme la scarification dans certaines tribus africaines), mais, en aucun cas, il n'y avait d'état intermédiaire.
Or, à présent, on devient "ado" de plus en plus jeune et on le reste de plus en plus tard. On est même parvenu à inventer un terme pour les adultes qui refusent de quitter cet état, les "adulescents". Mais quel mal y a-t-il à devenir adulte? Quelle atroce crainte nous étreint à cette idée? Est-ce la peur d'être responsable? Responsable de quoi? De soi? Des autres? Est-ce tout simplement la peur de vieillir? La peur de se rendre compte qu'on est mortel? La peur de prendre conscience de notre propre finitude?
En attendant, cette phase intermédiaire inventée par on ne sait qui pour on ne sait quel but provoque une situation d'immobilisme total. Quelqu'un qui ne prend pas ses responsabilités, quelqu'un qui vit dans la crainte de vieillir et de mourir, ne peut réaliser de grandes choses. Il peut tout juste s'interroger indéfiniment sur son identité et singer de temps à autres quelques modèles plus ou moins valables.
Alexandre n'a pas eu le choix: il devait être adulte à un âge où la majorité de ceux qui lisent ceci, et moi compris, étaient ou sont confortablement installés chez papa-maman, le cul dans le beurre, sans même être responsable de trouver du travail pour se nourrir. Il a du, tout comme l'héroïne de "V pour Vendetta", prendre conscience qu'il était mortel avant de refuser cette mort inéluctable pour se réaliser pleinement.
Notre espérance de vie, pourtant bien limitée en regard des siècles, nous conforte dans un immobilisme de plus en plus fort. Les stades intermédiaires de la vie, inventés pour des raisons sociétales ou économiques, nous poussent à réfuter, à repousser toujours plus loin, l'idée de notre mort et donc à nous empêcher d'y réagir.
Et demain? Nous vivrons tous au-delà de 100 ans? Ce sera encore pire, alors? L'adolescence durera jusqu'à 40, 50 ans?
Finalement, je suis persuadé que l'immortalité, rêve de tant d'hommes, ne pourrait être qu'un atroce cauchemar pour l'humanité.
Mais bon... Tout cela devrait prendre fin bien avant qu'on n'en découvre le secret...
En attendant, stay tunned.
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